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Enfant accusé de sorcellerie (Katanga)

© Photo Unicef/RDCongo

Pasteurs : violateurs et défenseurs ! Accusé de sorcellerie par un pasteur, un jeune garçon est  recueilli par un autre pasteur.
«Quand je serai plus  grand, je fonderai une ONG de défense des Droits des Enfants. Je me battrai pour que d’autres enfants ne vivent  pas le calvaire que moi  j’ai vécu ».C’est ce que nous a déclaré, Fidèle M, un jeune garçon de 17 ans et demi, accusé de sorcellerie.
Calme, un peu taciturne, Fidèle a vécu toute sa vie à Lubumbashi, dans la province du Katanga, chez son papa. Il était très jeune, lorsque ses parents ont divorcé. Son  père s’étant remarié, c’est sa belle-mère qu’il l’a élevé. « Tout  a commencé en 2007,  lorsque mon père est tombé malade », nous raconte t-il. « Il  a décidé de se tourner vers les pasteurs car la médecine ne le guérissait pas. C’était le début de mon calvaire», nous a révélé Fidèle. 
Après un moment de silence, il se remit à parler. « Lors d’une séance de prière, un pasteur a déclaré à mon père, que moi Fidèle, j’étais sorcier et c’est moi qui le rendait malade dans l’objectif de le tuer ».  Son père, nous a-t-il  expliqué, s’est  décidé à l’envoyer,  seul,  au Monastère de Kishuishi, situé à près de 20 km de Lubumbashi. Mais en cours de route, le bus dans lequel, il voyageait a connu  un accident et tous les passagers sont morts. Seul rescapé de cet accident, il s’en est sorti avec une blessure assez grave à la main. Apprenant cette histoire, son  père confirme que Fidèle est réellement sorcier. Furieux, il le chasse de la maison. Fidèle se rend alors  à l’église du pasteur qui avait fait ces révélations à son père. « Je me suis dit : Puisque ce pasteur affirme que je suis  sorcier, peut être qu’il pourrait prier pour moi », nous a-t-il déclaré. « J’ai vécu trois mois dans cette église mais personne n’a prié pour moi. Et on ne me donnait pas suffisamment à manger. J’avais tout le temps faim ». Révolté, Fidèle se décide à quitter cette église et à aller dans la rue. « Au bout de 2 semaines, je n’en pouvais plus. Il faisait froid et j’avais faim », nous a-t-il dit.   Il décida alors de se rendre à la MONUC pour exposer son problème. Celle-ci le guida vers la Division Provinciale Genre Famille et Enfant. Mme le chef de Division le référa auprès d’une ONG : «Programme Chrétien pour la Promotion des Droits de l’Enfant, PCPDE», structure  dont l’objectif  principal est de promouvoir les Droits de l’Enfant, en s’inspirant notamment de la Convention relative aux Droits de l’Enfant. Le coordonnateur du PCPDE,  nous raconte comment il a pu gérer le dossier de Fidèle : «Lorsque la Division Genre Famille et Enfant m’a contacté, je me suis rendu sur place pour rencontrer l’enfant, qui m’a raconté son histoire.
Considérant que l’Eglise ne doit pas rester silencieuse face à cette injustice, au risque d’être taxée de complice, j’ai décidé de m’impliquer personnellement dans cette affaire. Je me suis rendu chez le père de Fidèle afin de  discuter avec lui. Mais celui-ci a refusé de me recevoir. Je me suis alors rendu à l’église pour rencontrer le pasteur qui avait accusé Fidèle de sorcellerie. Le pasteur de cette église a une fois de plus affirmé que Fidèle était sorcier et qu’il s’est enfui de l’église. J’ai alors compris que ce pasteur, au  nom soi-disant de l’Eglise, bafouait et méprisait les droits de l’enfant. Au sein de notre ONG, nous sensibilisons les pasteurs sur le phénomène enfant dit sorcier. Nous leur montrons jusqu’ à quel degré  les pasteurs peuvent être responsable du malheur des enfants ». 
Il faut noter qu’en 2007, le Programme Chrétien pour la Promotion des Droits de l’Enfant a réalisé avec l’appui de la section Protection de l’UNICEF, une enquête auprès de 125 responsables des églises de Lubumbashi sur leur perception   du phénomène «enfant dit sorcier». Il s’est avéré que 54,4 % des responsables ecclésiastiques questionnés admettaient l’existence de la sorcellerie chez les  enfants. C’est à l’issue de cette enquête que le PCPDE a initié des activités dans les villes de Lubumbashi, Kananga et Mbuji Mayi en vue de multiplier des initiatives de promotion et de défense des droits de l’enfant,  afin plus précisément de contribuer à la réduction des cas d’enfants dits sorciers. Ces activités ont consisté notamment à sensibiliser les responsables ecclésiastiques à travers l’organisation des colloques inter religieux sur la non accusation des enfants à la sorcellerie ; la formation des sensibilisateurs communautaires ; sensibiliser  les membres des églises, les communautés et les enfants sur le phénomène ; produire et diffuser  des émissions radio télévisées à Lubumbashi sur différents thèmes abordant la protection de l’enfant. Ainsi,129 enfants accusés de sorcellerie,  dont 54 filles et 75 garçons de regagner leurs foyers respectifs. Le PCPDE travaille  également  en collaboration avec d’autres pasteurs qui acceptent souvent  de recueillir                                                                                                                                                                                                                                  ces enfants accusés de sorcellerie ». C’est le cas du pasteur R., marié et père de 2 enfants, qui vit avec Fidele depuis près de 6 mois.
« Lorsqu’ il est venu habiter chez moi,  Fidèle était difficile et têtu. A travers des enseignements bibliques et beaucoup de patience, j’ai remarqué qu’il a commencé à changer. J’ai fait en sorte qu’il puisse être conscient de sa vie et aujourd’hui, c’est un garçon sage et obéissant. J’ai compris qu’il traversait une crise d’adolescence », nous a déclaré le pasteur R.
Il nous a en outre renseigné qu’à son arrivée,  Fidèle avait une vilaine blessure à la main. La blessure étant  grave, il en a parlé au coordonnateur du PCPDE,  qui s’est rendu avec lui à l’hôpital. Diagnostic du médecin : Il faut opérer le plus rapidement possible. Le coordonnateur du PCPDE nous explique qu’il s’est rendu chez le père de Fidèle pour lui demander de signer un document autorisant de faire opérer son fils. La réponse du père était  catégorie. Pas question de signer ! «J’étais choqué et scandalisé du comportement de ce père vis-à-vis de son fils. Je n’ai pas hésité, j’ai porté plainte contre lui. Le parquet m’a délivré une autorisation et Fidèle a pu être opéré. « Aujourd’hui, j’étudie grâce à une ONG indienne qui paie mes  frais scolaires, je me sens aimé et j’évolue dans une famille qui m’encadre comme son  propre fils.  Je leur serai à jamais reconnaissant », nous a déclaré Fidèle.

Selon une enquête réalisée à  Lubumbashi, plus de  3155 enfants vivent dans la rue  et  plus de 50 % d’entre eux  sont accusés de sorcellerie. Plusieurs pasteurs sont accusés d’être responsables de ce phénomène.
Paradoxe ou simplement providence, ce sont aussi des pasteurs qui ont recueilli cet enfant accusé de sorcellerie au sein d’une ONG : le  Programme Chrétien pour la Promotion des Droits de l’Enfant (PCPDE). Dans le cadre de son programme de protection des orphelins et enfants vulnérables, l’UNICEF appuie notamment le PCPDE pour la promotion des droits de l’enfant auprès des Eglises et des communautés, ainsi que pour la prise en charge et a la réinsertion familiale des enfants accusés de sorcellerie.
(Sylvie Nzanza) 
    

 

 
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