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Kiboto

© Unicef/RDCongo

«Kiboto», la rivière qui a donné son nom à un arbre, à une école, à la vie de tout un village       
De prime abord, l’école primaire conventionnée catholique Kiboto (EP Kiboto) paraît immense.  Sans doute est-ce parce qu’elle n’est pas clôturée et qu’elle offre l’horizon à perte de vue.  A midi, à l’heure du changement de vacation, j’aperçois dans la cour une fillette, vêtue de l’uniforme classique des écoliers en République Démocratique du Congo : jupe bleue et blouse blanche.  Elle balaie devant une salle de classes dont l’un des murs extérieurs porte encore la fresque un peu défraichie du  logo «Toutes les filles a l’école !» que le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et ses partenaires avaient utilisé lors de la précédente campagne d’inscription des enfants à l’école. 
Lorsque je m’approche d’elle, Poncia, balai à la main, fait mine de s’arrêter.  «J’ai 8 ans, je suis en 4ème primaire A.  Cette semaine, j’étudie l’après midi, la semaine prochaine, ce sera le matin ».
En parlant, Poncia frappe de sa menue paume le bouquet formé par les épis du balai, retenus ensemble par un anneau métallique.  «Il y avait des papiers et des feuilles mortes qui traînaient par terre, devant la porte de notre classe.  C’est comme ça  que j’ai pris le balai et commencé à balayer.  Notre école doit tout le temps rester propre».
Lorsque je lui demande ce qu’elle compte faire des ordures ramassées, Poncia me montre du doigt une poubelle en métal de couleur verte. «Je vais tout jeter dans la poubelle », dit-elle fièrement. Moi je fais partie de la brigade de ma classe pour la santé et l’environnement.  On a choisi une fille et un garçon.  Matondo est mon adjoint.  C’est nous, les membres de la brigade qui veillons à la propreté de notre école.  Notre «Monsieur» (enseignant) aussi nous aide dans cette tâche.
Et aussitôt, Poncia court vers le bac à ordures et se dirige ensuite vers un lave-mains.  Elle ouvre le robinet et se frotte vigoureusement les mains.  «Je me lave les mains pour ne pas attraper de maladies comme la diarrhée, la malaria, la fièvre typhoïde», me dit-elle tandis qu’un large sourire éclaire son visage.
Pendant que je bavarde avec Poncia, une de ses amies la rejoint devant le lave-mains.  «C’est Gracia, dit Poncia en désignant son amie, élève de la 4ème primaire B. Cette dernière revient des toilettes et veut également se laver les mains.  Chose qu’elle fait d’ailleurs avec beaucoup de minutie : «Notre maître nous a appris à bien nous laver les mains à l’eau et au savon, avant de manger et après avoir été aux toilettes.  Même à la maison, j’ai montré à mes frères et sœurs comment faire pour ne pas attraper des maladies.   
Et Gracia de poursuivre : «C’est l’UNICEF qui a apporté l’eau dans notre école et construit des latrines.  Les garçons sont d’un coté et les filles d’un autre coté.  Avant, c’était difficile parce que tout le monde à l’école, les maîtres et les élèves allaient se soulager dans les buissons environnants.  La seule eau qu’on avait était celle de la rivière Kiboto qui se trouve un peu plus bas là-bas, indique-t-elle avec un mouvement de la main». 
L’un des enseignants fait signe aux enfants de regagner les salles de classes.  Les cours vont commencer…
A quelques enjambées de là, coule effectivement une petite rivière tranquille.  Mr Mpindi Masamba, Directeur-adjoint de l’école m’y accompagne.   «Kiboto» c’est le nom de cette rivière, ainsi que de l’arbre qui trône au milieu de l’école, me dit-il.  En kikongo, (l’une des 4 langues nationales de la RDC),  ce mot veut dire solide, résistant. Une source proche de la rivière est maintenant aménagée, grâce à l’UNICEF et au Gouvernement japonais. Pendant que nous marchons vers une salle vide pour nous abriter d’un soleil de plomb, Mr Mpindi raconte : «Cette école a vu le jour en 1959, un an avant l’indépendance du pays.  C’est l’une des premières écoles catholiques de Kinshasa.  Elle est située à 25 kms du centre ville, à environ 10 kms de la commune de N’djili. Ici précisément, nous sommes à N’djili Kilambu. Nous avons à présent 362 élèves dont 164 filles.  Notre établissement scolaire compte 14 salles.  A cause du nombre insuffisant de locaux, nous organisons 2 vacations, le matin et l’après-midi. Certains enfants parcourent parfois 7 kms à pied pour venir à l’école».  Lorsque je lui demande pourquoi les parents se donnent tant de mal à faire étudier leurs enfants si loin de leurs habitations, la réponse semble toute prête dans la bouche de Mr Mpindi : «Nous donnons une bonne qualité d’enseignement et nos enseignants sont qualifiés».  Mais surtout, ajoute Mr Mpindi, depuis que l’école a un point d’eau et des latrines séparées garçons et filles, ça c’est la grande attraction ! C’est très encourageant pour les élèves tout comme pour les enseignants.  Le projet «Villages assainis » et «Ecoles assainies» piloté par le partenaire UNICEF, le gouvernement et le comité d’eau local est tombé à point nommé!  Nous ne savions même pas que nous allions bénéficier d’un tel appui, c’est à nos yeux un hasard profitable».  Mais selon Mr le Directeur-adjoint, tout n’est pas encore parfait : «Nous manquons encore de table-bancs.  Et l’absence de clôture autour de l’école nous pose quelques problèmes : parfois de jeunes délinquants viennent nous déranger».
Parmi les anciens élèves, Mr Guy L.Kabuiku.  Devenu enseignant à l’Institut St Cyrille, dans le voisinage, il revient souvent dans l’école de son enfance.  «J’aime revenir ici, j’y ai beaucoup de souvenirs heureux.  D’ailleurs, l’arbre que vous avez vu tout à l’heure, le «Kiboto», est le témoin depuis près de 50 ans des méandres de la vie de cette école qui porte son nom ainsi que celui de tout un village !  C’est le passage obligé à N’djili Kilambu». B.Ambongo

Les 10 normes qui régissent chaque Ecole Assainie en RDC :
Ecole viable (infrastructure scolaire fiable, respect de l’équité de genre) ;
Personnel formé en éducation pour la santé et l’environnement ;
Brigades scolaires de santé et d’environnement formées et opérationnelles ;
Supports pédagogiques utilisés ;
Accès à l’eau potable ;
Latrines hygiéniques correctement utilisées ;
Mécanismes d’entretien et de maintenance des infrastructures existants ;
Cours de l’école et salles de classes propres ;
Eau disponible pour le lavage des mains ;
Hygiène corporelle et vestimentaire pratiquées

Actuellement l’UNICEF appuie 268 écoles primaires en RDC afin de les aider à atteindre les normes minimales du statut “école assainie.” 247 d’entre elles bénéficient des manuels et modules d’éducation à hygiène grâce au programme de coopération.
Quelques données sur l’approvisionnement en eau dans les ménages en RDC
L’Enquête Démographique et de Santé (EDS 2007) menée par le Ministère du Plan et ses partenaires, parmi lesquels figure l’UNICEF et dont les résultats ont été rendus publics en août de cette année, relève que la majorité des ménages congolais (54 %) s’approvisionne en eau auprès de sources non améliorées.

On observe également que la grande majorité des ménages (83 %) utilisent des toilettes rudimentaires. Il s’agit souvent d’une installation utilisée par plusieurs ménages, sans dalles ou à fosse ouverte. Cette enquête indique aussi que 12 % des ménages n’ont pas de toilettes et jettent leurs excréments dans la nature. La situation est évidemment plus critique en milieu rural où la proportion de ménages qui utilisent des toilettes rudimentaires est de 86 %, tandis qu’elle est de 79 % en milieu urbain.

 

 

 
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