Histoires vécues

Histoires 2012

Histoires 2011

Articles 2009

Articles 2008

 

Pas à pas, Gracia a refait son nid. Alors, vive la mariée!

Enfance volée
Il y a quelques années, l’avenir semblait chargé de gros nuages sombres pour Gracia.  La vie lui avait volé son enfance.  En effet, Gracia a perdu ses parents alors qu’elle n’avait que deux ans.  De ses jeunes années, elle ne conserve que de vagues réminiscences.  Elle se souvient qu’une dame, «Mama Astrid» l’avait trouvée quelque part dans le Nord ou le Sud Kivu, en République Démocratique du Congo. Elle avait pris soin d’elle. Comme Mama Astrid était originaire du Kasaï, elle lui avait donné un nom à consonance Luba. Après un temps, elle décida d’amener la petite fille qu’était Gracia avec elle à Kinshasa, la capitale.  Lorsqu’elle a atteint l’âge de 9 ans, Mama Astrid qui était une femme d’affaires, voyageait beaucoup, la laissa entre les mains de sa propre mère et s’en alla ailleurs.  Comme elle ne revenait pas, la grand-mère dit à ses petits enfants qu’elle ne pouvait plus s’occuper d’eux, que c’était une charge trop lourde pour elle toute seule.  Elle les accusa d’abord de sorcellerie et finalement les chassa sans autre forme de procès.
La vie dans la rue
C’est alors, se souvient Gracia, que nous nous sommes mis à errer dans les rues.  «Nous n’avions nulle part où aller.  Nous vivions la plupart du temps dans les marchés car c’est là où nous voyions beaucoup de mamans vendeuses.  Nous faisions de petits travaux pour elles, en échange, elles nous donnaient un peu de nourriture.  C’était dur comme vie parce chaque jour on se demandait : qu’allons-nous manger, où allons-nous dormir, si nous tombions malades, personne pour prendre soin de nous. Je garde un très douloureux souvenir de cette époque de ma vie : ma sœur était tombée malade et elle est morte dans la rue.  Des gens de bonne volonté m’ont aidé à l’enterrer, après, ils m’ont amené au Centre SACD (Solidarity Action for Children in Distress) ».
SACD est devenu depuis HOPE International (Humanitarian Organization for People Emporwerment).  Hope International est un centre pour filles de la rue à Kinshasa, qui bénéficie depuis 2001 d’une assistance multiforme de l’UNICEF.  Il y a quelques années, en partenariat avec le PAM,  chaque mois,  des vivres tels que la farine maïs, des légumineuses, de l’huile et du  sel y étaient distribués.  Des contraintes budgétaires ont mis fin à cette rubrique de l’aide.  70% des filles assistées par HOPE sont accusées de sorcellerie.  Elles ont soit quitté volontairement leurs familles soit elles sont rejetées par elles et/ou par la communauté.
Dans ce centre, certaines filles aussi viennent durant la journée pour participer aux activités qui y sont organisées.
Parmi les autres enfants, Gracia ne se sentait plus seule : «Il y avait là beaucoup d’autres enfants –le dernier recensement effectué en 2007 par l’Ong REEJER (Réseau des Enfants et Jeunes de la Rue) en collaboration avec l’agence onusienne, relève qu’environ 13.000 enfants vivent dans la rue à Kinshasa- qui venaient de la rue comme moi. Les assistantes sociales étaient gentilles et s’occupaient bien de moi et des autres enfants». 
Apprendre à lire, écrire et coudre
En effet, Pendant que les filles sont hébergées au centre, elles reçoivent une assistance médicale et participent à des cours d’éducation non formelle en vue d’une remise à niveau avant de réintégrer,  dans la mesure du possible, le curriculum de l’éducation formelle.  Les cours dispensés sont : l’alphabétisation de base, pour les enfants qui n’ont jamais été à l’école, l’éducation à la vie, particulièrement des connaissances sur les infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH/SIDA.
 «Au Centre, poursuit Gracia, on m’a proposé d’apprendre un métier comme j’avais 14 ans et que je n’avais jamais été à l’école.  J’ai choisi d’apprendre à coudre pour me permettre de gagner de l’argent. En fait, je me disais, j’ai toujours vécue seule, en apprenant à coudre, je pourrais me débrouiller en vendant des articles que j’aurais cousus.  A part la couture, notre professeur nous a aussi appris à lire et à écrire.  Chaque jour il nous donnait des devoirs à faire.  J’aimais beaucoup travailler et réviser tout ce que j’avais appris». 
Une famille !
Durant le séjour des enfants au Centre, les encadreurs s’attelaient aussi à rechercher les familles biologiques ou à trouver des familles d’accueil pour leurs pensionnaires dont l’âge varie entre 0 et 18 ans.  Ce n’est pas toujours chose aisée.  Mais Gracia a eu beaucoup de chance, elle s’est retrouvée au sein d’une grande famille, avec un papa, une maman, des frères et des sœurs.  «Mon plaisir, c’était de confectionner des habits pour chacun d’eux et de porter moi-même des vêtements que j’avais cousus de mes propres mains», se rappelle Gracia en souriant.
Une fois que les enfants sont réunifiées avec leurs familles ou réinsérées dans une famille d’accueil, les assistants sociaux entament également le travail de suivi post-réunification. De 2001 à 2008, HOPE International a identifié, avec l’appui de l’UNICEF, 3.600 enfants vivant dans les rues de Kinshasa.  En ce moment, 50 enfants sont provisoirement hébergés au Centre et environ 100 enfants sont suivis en milieu ouvert.
A cause de la pauvreté ambiante au sein de la société congolaise, plusieurs familles rechignent à réintégrer en leur sein leurs enfants.  Dans le souci d’aider les parents à avoir un peu de ressources pour subvenir aux besoins des  familles, Hope et UNICEF ont convaincu les parents des enfants réunifiés de se regrouper en comité pour initier ensemble des activités agricoles et d’autres génératrices de revenus.  Ils se voient octroyer un petit crédit financier pour vendre par exemple des boissons sucrées. Ce comité des parents d’enfants réunifiés a aussi entre autres tâches des activités de prévention.  Il s’agit notamment de sensibiliser la communauté et d’identifier les familles vulnérables à risque de rejeter leurs enfants.  HOPE International travaille aussi avec la communauté locale en vue de les encourager à protéger les enfants au lieu de marginaliser ou de stigmatiser ceux qui sont vulnérables, y compris ceux qui courent un risque d’aller dans la rue et ceux qui vivent déjà dans la rue.
 Le temps du bonheur
Depuis, Gracia s’est mariée, elle a refait son nid.  Elle tient un atelier de couture avec son mari dans l’une des communes de Kinshasa. 
Son avenir ? Gracia le voit radieux : «Avec la grâce de Dieu, je voudrais continuer à apprendre encore d’autres choses.  Nous voudrions que notre atelier puisse prospérer davantage.  Oui j’ai pardonné à tous ceux qui m’ont fait souffrir, mais je ne souhaite plus les revoir». Lorsque je lui demande si elle souhaite avoir des enfants, Gracia répond : «Oui, nous voudrions avoir 3 enfants. Mais je ne veux pas que ce que j’ai vécu arrive à mes enfants. Jamais !».  (Par Bibiane Ambongo)

 

 

 
Search:

 Email this article

unite for children