Briser le silence : les survivantes des viols amènent à Kinshasa leur campagne et lancent un appel en faveur d’actions concrètes.
Cinq survivantes de violences sexuelles, ont fait entendre leurs voix le 6 juin à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo et siège des institutions, dans le cadre de la campagne “Stop au viol”. Ces survivantes étaient venues de différentes provinces du pays pour participer à l’événement intitulé : « Briser le silence autour des violences sexuelles». Organisé par l’UNICEF et l’ONG internationale V-DAY, sous le patronage de Madame Olive Lembe Kabila, Première Dame de la RDC et en présence du Ministre des Droits humains, venu représenter le Gouvernement, l’événement se situe dans la campagne mondiale « Stop au viol de notre ressource la plus précieuse. Pouvoir aux femmes et filles en RDC ». Les 5 survivantes des violences sexuelles sont toutes des mères âgées de 40 à 60 ans. Elles ont parlé de leur calvaire en public et ont demandé à toute la nation de se mobiliser pour soutenir la campagne. Dans l’assemblée, on pouvait noter la présence des membres du Corps diplomatique, des membres du Gouvernement, des responsables des agences des Nations Unies, des membres de l’appareil judiciaire, des ONGs et de la société civile. Elles ont lancé un vibrant appel aux décideurs afin qu’ils posent des actes concrets en lieu et place des déclarations de bonne volonté et qu’ils mettent un terme aux violences sexuelles qui ravagent et humilient des milliers d’autres femmes et filles à travers tout le pays. Les victimes ont déclaré à l’assistance qu’elles avaient pris leur courage à deux mains et décidé de dénoncer et d’agir. Ainsi que l’a exprimé l’une d’elles : «C’est un cri de la part de toutes les femmes, celles qui dénoncent et celles qui se cachent par peur de la stigmatisation et de la honte. …A mon sens, tous ceux qui tolèrent les violences sexuelles se voilent la face, refusent de dénoncer et de condamner ces actes barbares sont aussi coupables que ceux qui commettent ces crimes odieux… ». Une autre survivante s’est exprimée en ces termes : «Nous avons choisi de parler pour que d’autres personnes nous aident à réintégrer nos familles et notre quotidien…Je sais maintenant qu’il y a un réseau d’activistes dans toute la République Démocratique du Congo. Moi-même, j’en suis membre. Cependant, aussi longtemps que vous ne parlez pas, on ne peut vous entendre. La solidarité au sein de ces groupes dans la communauté contribue à notre guérison ». Au cours de l’allocution qu’elle a prononcée lors de cette cérémonie, la Représentante de l’UNICEF en RDC, Madame Pierrette Vu Thi, a décrié l’attitude et les comportements négatifs vis-à-vis des droits des filles et des femmes. « Ceci résulte en une dégradation des valeurs sociales. La lutte contre l’impunité doit devenir la première priorité. L’Etat a un appareil judiciaire adéquat à sa disposition qu’il doit utiliser de façon impartiale. C’est là, l’un des moyens de faire face à tous ces crimes et violations des droits de l’homme ». Eve Ensler, la fondatrice du Mouvement V-DAY et écrivaine, a accompagné les survivantes lorsque ces dernières ont présenté plus de 4.000 lettres reçues de tous les coins du monde et qui sont adressées à Joseph Kabila, Président de la République. Il s’agit aussi bien de lettres d’encouragement aux survivantes que des lettres d’indignation contre l’impunité. En 2007, l’UNICEF et V-DAY avaient organisé des événements similaires (“Briser le silence”) au niveau régional, avec des survivantes des violences sexuelles de Goma et Bukavu, respectivement dans les provinces du Nord Kivu du Sud Kivu, où depuis plus d’une décennie, la guerre fait des ravages parmi la population. L’événement du 6 juin a constitué une première pour la capitale de la RDC dans le cadre de la campagne globale.
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