Là où l’ignorance peut être mortelle, rompre le cycle
Par Stéphanie Vidal ABIDJAN, Côte d’Ivoire, le 28 août 2007 — C’est un samedi ensoleillé, et un groupe de jeunes s’abrite sous un arbre pour éviter la chaleur directe du soleil. Ils écoutent attentivement Hervé Yao, 26 ans, et Carole Gnamaka, 17 ans, qui discutent des pratiques sexuelles sans risque. Les pairs éducateurs s’y rendent chaque weekend pour expliquer aux jeunes du quartier les dangers du VIH, les modes de transmission du VIH et les moyens de se protéger contre le virus. Bien que la prévalence nationale du VIH chez les adultes en Côte d’Ivoire ait été estimée à 4,7% en 2005, il y a des signes que ces taux sont en baisse en zone urbaine, selon l’information sur l’épidémie du SIDA publiée en 2006 par le Programme Commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA. Néanmoins, le SIDA reste la première cause de mortalité chez les hommes adultes en Côte d’Ivoire et la deuxième cause de mortalité chez les femmes (la première cause étant les problèmes liés à la grossesse et l’accouchement). La clé de la réduction de la propagation du SIDA est le renforcement de la campagne de sensibilisation sur l’épidémie chez les jeunes pour les amener à adopter des comportements sexuels sans risques. Trop souvent, cependant, les jeunes, surtout les moins privilégiés, ne savent pas comment ou où se rendre pour obtenir des informations et des services ou simplement n’y ont pas accès. L’apprentissage par les pairs Hervé et Carole habitent à Abobo, l’un des quartiers les plus pauvres d’Abidjan, la plus grande ville de Côte d’Ivoire. Dans ce quartier très peuplé, de nombreux jeunes sont déscolarisés et sans emplois. N’étant pas liés à une organisation formelle quelconque, ils ont moins de chances de recevoir des informations adéquates sur les questions de santé, ce qui les rend plus vulnérables à l’infection au VIH ou aux autres infections sexuellement transmissibles (IST). Il y a quelques mois, Edson Djeni, un éducateur de Lumière Action, une organisation non gouvernementale, a initié un projet d’éducation par les pairs à Abobo. Il a contacté Hervé et Carole, qui étaient déjà impliqués dans une organisation des jeunes, pour les convaincre à devenir des pairs éducateurs. « Au départ, on n’avait aucune idée de ce que signifiait pair éducateur, et on savait très peu de choses sur le SIDA », se rappelle Hervé. « Mais, maintenant, j’en sais beaucoup plus, et je comprends combien le partage d’informations peut sauver des vies ». Le projet de Lumière Action se sert de l’éducation par les pairs pour informer les jeunes sur le SIDA. Les éducateurs comme Hervé et Carole sont formés pour organiser des activités de formation pour leurs pairs, qui sont définis comme des personnes du même âge, de la même origine et ayant les mêmes intérêts. Faire une différence Le projet se sert d’une approche holistique, proposant le conseil et dépistage volontaire et gratuit, des activités scolaires et des références aux centres de traitement pour ceux qui sont séropositifs. Le projet a actuellement 300 membres, dont la plupart sont des volontaires, qui estiment que l’éducation est l’une des meilleures manières de prévenir le VIH et les IST. Edson, qui est volontaire depuis quatre ans, a commencé avec Lumière Action comme pair éducateur et gère actuellement l’Unité de formation des Pairs éducateurs. Il s’est engagé dans le projet à la demande de sa grande sœur, qui est séropositive. « Rien au monde ne me fera arrêter à présent, » dit-il. « Lumière Action est devenu comme une famille pour moi. Mais plus que tout, je veux être là pour ma sœur. » Tous les volontaires partagent un engagement et une passion pour aider leur communauté. Bien que Carole et Hervé ne travaillent comme pairs éducateurs que depuis un temps relativement court, ils sont fiers de ce qu’ils ont déjà accompli. « Je me sens extrêmement utile de pouvoir aider mes pairs et de démystifier les questions liées au SIDA et aux IST, » dit Carole. « Je suis sûre que, à la longue, mes actions contribueront à sauver des vies. » « Quand je marche dans la rue, les gens me reconnaissent, » dit Hervé. « Ils viennent me poser des questions, ou parfois parce qu’ils veulent savoir où ils peuvent se procurer des préservatifs. Ils connaissent désormais les risques de transmission, et je suis ravi de les aider à se protéger. »
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