Vaincre le VIH/SIDA avec les communautés, un combat pour la vie
Par Chrystel Trazié-Menan MAN, Côte d’Ivoire, 25 juillet 2007- Bernadette Gouéhi, 30 ans est agent de sensibilisation bénévole dans le cadre de la Prévention de la Transmission Mère et Enfant (PTME) du VIH SIDA. Elle assiste à la réunion hebdomadaire des agents de sensibilisation de l’ONG Initiative Développement –Afrique (IDE- Afrique). Assise sur un banc parmi ses collègues, sa fille de 8 mois sur les genoux, elle écoute attentivement les instructions de leur responsable, Clémentine, une jeune femme de 40 ans au dynamisme contagieux. « Pendant des séances de discussions de groupe ou des visites privées, nous sensibilisons les jeunes filles et les femmes enceintes ou non sur le VIH SIDA. Nous leur expliquons la nécessité de faire le test de dépistage avant et pendant la grossesse pour prévenir les risques de transmission du virus au bébé » affirme Bernadette, quand elle explique leur mission sur le terrain. Sa mission, elle l’accomplit avec bravoure et une grande motivation. Elle est acquise à cette cause et sait de quoi elle parle. Elle est séropositive. « J’ai été dépistée positif au test du VIH/SIDA lors d’un programme de PTME que j’ai suivi sur les conseils des agents de sensibilisation de IDE Afrique. A la suite de cette période douloureuse, j’ai décidé de devenir à mon tour agent de sensibilisation chez IDE Afrique. Quand ma santé me le permet, je fais le tour des femmes du village pour les sensibiliser.» La majorité des femmes qui s’occupent de la mobilisation communautaire chez IDE Afrique sont séropositives. C’est aussi le cas de Clémentine qui malgré son statut déclaré il y a 6 ans demeure active dans la sensibilisation pour la PTME. C’est avec l’appui financier, matériel et technique de l’UNICEF que l’ONG IDE Afrique s’occupe de la mobilisation communautaire et de la prise en charge des orphelins et enfants vulnérables (OEV) du fait du VIH Sida dans la région des 18 montagnes. Quand le conflit fait le lit de la maladie… Cette région de l’ouest de la Côte d’Ivoire dans laquelle se situe la ville de Man, a été sérieusement éprouvée par les quatre années de conflit sociopolitique qu’a vécu le pays. Elle a été le siège de fréquentes atrocités, des violences physiques et des abus sexuels commis à l’endroit des populations parmi lesquelles les enfants et les jeunes filles ont été les plus touchés.« Le conflit a aggravé le tableau sanitaire de la région. Man ne dispose plus ou presque plus de structure de prise en charge médicale pour la PTME et les OEV infectés ou affectés par le VIH SIDA. Ce qui rend difficile voir impossible l’accès aux soins de santé primaire de qualité. » déclare M. Albert Seu, responsable de IDE Afrique avant d’ajouter « Il y a de fréquentes ruptures d’approvisionnement des districts sanitaires régionaux en Anti-Rétroviraux (ARV) et kits de dépistage en plus d’une absence de coordination et de suivi évaluation des activités VIH/SIDA sur tout le territoire national » A Man, comme un peu partout en Côte d’Ivoire, le taux de prévalence du VIH Sida est alarmant. 4,7% pour la moyenne ivoirienne et près de 15 % pour le Centre de Dépistage Volontaire (CDV) de IDE Afrique avec une forte féminisation du VIH/SIDA. « 2/3 de ceux qui se font dépister dans le centre de soins de l’ONG IDE – Afrique sont des femmes » nous indique Albert Seu. Se nourrir ou se soigner… Bernadette a très vite quitté les bancs de l’école faute de moyens. Son niveau d’instruction et son état de santé précaire sont de gros obstacles à l’exercice d’une activité génératrice de revenus. « Je dépends financièrement de mon mari qui est agriculteur. Avec ce qu’il gagne, c’est très difficile de nourrir la famille quotidiennement, et encore plus de payer mes médicaments » nous dit Bernadette. L’insuffisance de revenus de ces populations rurales rend difficile la prise en charge médicale des séropositifs de ces régions. Bien que d’un prix abordable pour la moyenne nationale, l’accès aux ARV d’un coût de 1000 F CFA par mois, représente quelque fois pour les villageois plus de la moitié du budget mensuel familial. L’espoir est permis « Il est urgent d’améliorer l’offre de service PTME et de Prise en Charge Pédiatrique (PECP) du VIH SIDA ainsi que la demande de services en sensibilisation des communautés» soutient Dr Jean Konan, VIH Sida Project Officer au Bureau UNICEF en Côte d’Ivoire. Pour atteindre cet objectif, dès 2008, l’UNICEF va apporter un appui en ARV d’un montant de 5, 000,000 $ US grâce au projet UNITAID (taxe sur les billets d’avion). Ce projet représente une lueur d’espoir pour Bernadette et ses collègues agents de sensibilisation. Dans les cris de joie qui accueillent la nouvelle, Bernadette nous confie tout sourire « C’est pour moi une autre raison de me battre, il faut taire la voix du VIH Sida dans la région des 18 montagnes ».
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