Leurs histoires

LEURS HISTOIRES

 

Traite des enfants : Espoir pour la jeune Affiba

© UNICEF Côte d’Ivoire/2007/Vidal
Affiba qui prépare un plat traditionnel

Par Stéphanie Vidal

ABIDJAN, Côte d’Ivoire, 9 août 2007 – Dans un centre qui fournit des services aux enfants, Affiba , âgée de 14 ans, joue avec ses nouveaux amis. En se racontant des blagues et en chuchotant des secrets, ils éclatent de rire.

Affiba, assez grande pour son âge, est très sociable, souriante et bavarde. Mais, elle peut aussi paraître très sérieuse, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer les raisons qui l’ont amenée au centre. Ensuite, elle devient timide. Tout en racontant son histoire, elle regarde ses pieds et joue nerveusement avec sa robe … comme si elle avait honte. 

Affiba est née au Togo, un pays d’Afrique de l’ouest situé entre le Ghana et le Bénin, où elle vivait jusqu’il y a 3 ans. Elle est issue d’une famille pauvre de 10 enfants. Son père est un photographe à mi-temps. Sa mère vend des légumes au marché. Nourrir et assurer la scolarité des enfants constituent pour eux une lutte quotidienne. Au moment où les parents d’Affiba avaient économisé suffisamment d’argent pour l’envoyer à l’école, elle était beaucoup plus âgée et plus grande que les autres élèves et est devenue la risée de tous. Traumatisée, Affiba n’a jamais repris le chemin de l’école, ayant trop peur d’être humiliée à nouveau. Pour éviter de devenir un fardeau pour ses parents, Affiba a décidé de travailler dans un restaurant mais le peu d’argent qu’on lui donnait signifiait être condamnée à la pauvreté pour le reste de sa vie.

Une alternative à la pauvreté se transforme en cauchemar

Pour la famille d’Affiba, aucune solution à la pauvreté ne semblait possible. Jusqu’au jour où une amie de la famille a proposé d’amener Affiba en Côte d’Ivoire, où disait-elle, plus d’opportunités s’offraient à la jeune fille. Affiba gagnerait assez d’argent pour pouvoir aider financièrement sa famille, disait la dame.

Ainsi, Affiba a été amenée à Aboisso, une petite ville située dans le sud-est de la Côte d’Ivoire. « La dame a dit à mes parents qu’elle allait m’envoyer à l’école, qu’elle s’assurerait que j’obtienne un bon emploi, » dit Affiba avec amertume. « Mais, je ne suis jamais allée à l’école et je n’ai jamais été payée pour le travail que je faisais. Pendant trois ans, j’ai dû m’occuper de son bébé et de travailler dans les champs de riz, pour elle et pour ses voisins. Elle m’a donné un lit dans sa maison et me nourrissait une ou deux fois par jour ».

Le trafic d’enfants en Côte d’Ivoire, comme dans bien d’autres pays d’Afrique de l’ouest, se caractérise par l’utilisation des réseaux communautaires et familiaux par les trafiquants pour recruter les enfants. Le recrutement d’enfants au niveau communautaire est perçu par la collectivité comme un service que les trafiquants rendent aux enfants et aux parents et non pas comme une menace aux droits des enfants.

Bénéficiant d’une économie assez saine par rapport aux autres pays d’Afrique de l’ouest, la Côte d’Ivoire est l’une des principales destinations des enfants trafiqués de la sous-région. Les enfants trafiqués en Côte d’Ivoire proviennent essentiellement du Burkina Faso, du Mali, du Togo, du Benin, du Niger et du Ghana. 

 « On était 9, 4 filles et 5 garçons, voyageant du Togo en Côte d’Ivoire en compagnie de la dame, l’amie de mes parents », se rappelle Affiba. « Je suis restée à Aboisso, deux garçons ont été envoyés à Abidjan et j’ignore ce qui est arrivé aux autres ».

Echapper à l’exploitation

Il y a 3 mois, en travaillant tous les jours dans les champs, Affiba entendait les villageois  parler d’un groupe de travailleurs togolais qui organisaient leur retour chez eux. Voyant en cela une opportunité pour retourner dans son village, elle a décidé de se joindre à eux. Le lendemain, dans l’après-midi, elle a quitté les champs de riz sans informer qui que ce soit et s’est retrouvée dans les rues d’Aboisso. La nuit, seule et perdue, elle a été retrouvée par un agent de police qui l’a conduite au Bureau International Catholique pour Enfants (BICE), une ONG qui prends en charge les victimes de traite et d’autres enfants vulnérables. Comme le rappelle l’un des éducateurs du BICE: « A son arrivée dans notre centre, Affiba n’avait aucun bagage, elle était très amaigrie et une grande peur se lisait dans ses yeux ».

Le BICE, comme bien d’autres organisations internationales et ivoiriennes, bénéficie d’un appui technique et financier de l’UNICEF. L’ONG offre une assistance psycho-sociale, nutritionnelle et sanitaire aux enfants victimes d’exploitation au plan sexuel et du travail, et ceux qui sont dans la rue, dans les prisons ou affectés par la guerre ainsi que les enfants handicapés.

Le droit à un avenir meilleur

Affiba a passé quelques semaines au centre BICE à Aboisso et se trouve désormais au centre de l’ONG à Abidjan, en attendant son retour dans sa famille au Togo. Au BICE, Affiba reçoit une éducation de base, ce qui lui permet d’apprendre à lire et à écrire. Le centre offre également une assistance psycho-sociale et organise des activités théâtrales. Affiba participe à ces activités en compagnie de ses nouveaux amis; les pièces de théâtre lui offre l’occasion d’exprimer ses émotions dans un cadre supervisé et sécurisé. Affiba peut également bénéficier des cours de cuisine organisés à l’intention des enfants du centre ; ils apprennent à préparer des mets traditionnels.

« Je m'amuse bien ici ; mais bien que je me suis fait de bons amis, ma famille me manque », dit Affiba. « Je compte rentrer bientôt chez moi pour jouer avec mes sœurs et mes frères».

Afin de donner aux enfants tout l’appui dont ils ont besoin pour réaliser leurs rêves, l’UNICEF travaille avec le Gouvernement et les organismes partenaires pour permettre aux enfants victimes de traite d'être écoutés, et pour leur trouver la meilleure solution pour leur avenir, selon leurs désirs. Parfois cela se traduit par le retour dans leurs pays et leurs familles d’origine, mais également par leur intégration socio-économique dans le pays d’accueil.

« A mon retour dans mon village au Togo, je voudrais continuer à apprendre à lire et à écrire ; Je  voudrais également apprendre la couture », dit Affiba les yeux brillants de joie. « Et plus tard, je serai la meilleure couturière ».

© UNICEF Côte d’Ivoire/2007/Vidal
Affiba jouant avec ses amis

 

 
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