L'UNICEF à Bouna : les fillettes à l’école, les mères au jardin potagers
Par Parfait Kouassi BOUNA, mai 2007 – En donnant la chance aux mères de plusieurs centaines d’enfants de subvenir à leurs besoins, l'UNICEF a favorisé la scolarisation de plus de mille petites filles cette année dans le département de Bouna. Cette performance est inhabituelle dans cette région de la Côte d’Ivoire où l’on considère que la place de la petite fille est à la cuisine. Dans les jardins maraîchers du bas-fond de Bromakoté, un quartier de Bouna, Debaforan Kambou, 29 ans, est l’une des travailleuses les plus acharnée. « Je fournis ces efforts pour sauver l’avenir de mes enfants », affirme t-elle, l’arrosoir dans une main et épongeant son visage de l’autre main. Debaforan a un garçon de quatre ans et une fillette de six ans, Sylvie Kambou, qu’elle a inscrite à l’école primaire du quartier à la rentrée scolaire 2006-2007. Toute petite, Debaforan avait vu son rêve de devenir institutrice, brisé, quand, elle n’a pas été scolarisée et a été contrainte d’aider sa mère dans les nombreuses charges domestiques. Elle s’était alors jurée que sa fille prendrait sa revanche sur le destin. C’est pourquoi, elle a adhéré à la campagne initiée en début d’année par l’Unicef en vue de la scolarisation des petites filles. Dans le cadre de cette campagne, l’Unicef avait réhabilité et équipé dix écoles dans le département de Bouna. Il a également offert des kits scolaires et financé des coopératives féminines. Debaforan appartient à l’une de ces coopératives basée à Bromakoté. Comme elle, quarante autres femmes en font partie. Ces femmes sont pour la plupart les parentes des enfants scolarisés cette année dans l’école du quartier. «Nous avons été obligés d’ouvrir deux classes pour la première année du cour préparatoire (CP1) afin d’accueillir 120 enfants - dont 63 fillettes - inscrits cette année. Cette affluence inhabituelle a été rendue possible grâce à la campagne de l’UNICEF », explique Ouattara Gbanassé, le directeur de l’école. Au delà de l’école de Bromakoté, la campagne pour la scolarisation des petites filles a booster les effectifs scolaires dans le département, passant de 6547, en 2006 à 9212 écoliers, en 2007, selon l’inspection de l’enseignement primaire. Dans le même temps, la proportion des filles est passée de 2757 à 3857. « J’ai décidé de scolariser les deux fillettes de mes enfants parce que j’ai compris que le monde a changé », explique Hina Sona Hien, 54 ans, membre de la coopérative de Bromakoté. « Mes enfants m’avaient envoyé leurs enfants pour qu’ils fassent le ménage pour moi. Mais j’ai compris que s’ils n’allaient pas à l’école, leur avenir serait hypothéqué», ajoute-t-elle. Cette grand-mère soutient qu’il n’est jamais tard pour bien faire. Elle qui n’a pas scolarisé ses propres enfants. « Mon objectif au sein de cette coopérative est de gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de mes petits enfants », affirme Hina. Ce sont des centaines de femmes du département de Bouna, regroupées au sein d’une dizaine de coopératives qui partagent cet objectif. Cependant, malgré leurs efforts, la moisson ne s’annonce pas abondante pour des spéculations comme l’oignon, en raisons des pluies tardives. « Nous n’allons pas succomber au découragement devant une mauvaise saison. Nous cultiverons autres choses », déclare Anna Kambou, une autre grand-mère, membre de la coopérative de Bromakoté.
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