Immunisation de routine
Par Alexandra Westerbeek KORHOGO, Côte d'Ivoire, 1er août 2006 - Il faut environ neuf heures pour se rendre d’Abidjan – la capitale commerciale de la Côte d’Ivoire – à Korhogo, dans le nord. Par rapport au reste de la Côte d’Ivoire, Korhogo semble presque aussi aride et poussiéreux que les pays voisins, Mali et Burkina-Faso. La ville, entourée de forêts et de montagnes sacrées, était relativement épargnée par la guerre. Toutefois, la fourniture des services de santé publique au plan national a été fortement perturbée par la crise, notamment au nord et à l’ouest du pays. 80% des 547 unités sanitaires dans cette zone étaient fermées après avoir été pillées ou saccagées. La vaste majorité (85%) des 3 500 agents de santé basés dans ces zones sont partis. C’est un coup d’état manqué en 2002 qui s’est transformé en guerre civile, ayant entraîné la division de la Côte d’Ivoire en zone gouvernementale au sud et zone contrôlée par les Forces Nouvelles au nord. Depuis l’éclatement du conflit, les services publics tels que les écoles et les centres de santé ont cessé de recevoir un appui du gouvernement. Les agences humanitaires comme l’UNICEF ont dû intervenir pour apporter un appui à la population qui avait désespérément besoin de services sociaux de base. Des contraintes persistent, toutefois, à cause précisément du retour insuffisant du personnel qualifié. Néanmoins, certains centres de santé dans les gros villages et au centre ville disposent de suffisamment de personnel médical pour au moins poursuivre les campagnes de vaccination de routine pendant toute la période de guerre dans le pays. Toutes les vaccinations de routine, y compris celles contre la poliomyélite, la rougeole, la fièvre jaune, la tuberculose, la diphtérie, la coqueluche et l’hépatite B sont offertes gratuitement aux enfants âgés de moins d’un an. Les mères, et les enfants, sont vaccinés contre le tétanos. Les services de vaccination sont intégrés avec l’apport complémentaire de la vitamine A, la prévention du paludisme et de la malaria et la carence en folates. Toutefois, même là où les structures de santé ont été relativement épargnées, l’UNICEF doit mettre en place un système pour assurer la vaccination régulière et efficace des enfants. Il fallait fournir aux centres de santé primaires, en quantités suffisantes, non seulement des vaccins, mais aussi des frigidaires pour les conserver (ce qu’on appelle la « chaîne de froid »), des syringes et des boîtes de sécurité pour la collecte d’aiguilles usagées. L’UNICEF apporte un appui pour l’immunisation de routine dans 38 (sur les 70) communes à travers le pays : du nord au sud et de l’est à l’ouest. Le Directeur de santé à Korhogo, le Dr. Abel Guede dit : « L’UNICEF nous a offert des véhicules et des vélomoteurs qui nous ont permis d’atteindre les populations des régions reculées. Au cours des sept premiers mois de l’année (2006), nous avons vacciné 10 130 enfants contre la tuberculose (BCG) et 7 799 enfants contre la rougeole. » Bien que de nombreux enfants et leurs mères réussissent à atteindre les centres de vaccination fixes dans les villes et les gros villages, il est essentiel de renforcer les stratégies de rapprochement pour apporter les vaccins aux populations. Miriam, une fille de cinq ans, a marché avec sa mère âgée de 34 ans et ses dix frères et sœurs pour se rendre à un centre de santé publique. Sa mère est ravie qu’elle puisse amener ses enfants au centre de santé. Miriam montre avec fierté son carnet de vaccination, dans lequel sa mère veille à ce que tous les rendez-vous soient soigneusement notés. Les mères et leurs enfants attendent dans la queue, visiblement habitués à la procédure pour recevoir les injections. La mère de Miriam, qui porte encore une grossesse, reçoit une nouvelle seringue et fait la queue pour que l’une des infirmières lui administre l’injection. C’est sa cinquième dose de vaccin contre le tétanos, qui la protégera à vie. Après avoir reçu son injection, la seringue vide est jetée dans une boîte de sécurité de couleur jaune vif au pied de l’infirmière. Comme Il n’y a pas d’incinérateur à Korhogo, les boîtes sont ramassées avec soin et envoyées à une usine dans la ville de Ferke pour y être incinérées. Bien que le système de vaccination de routine de Korhogo fonctionne bien, il y a encore quelques problèmes à résoudre. Les agents de santé dans les petits villages éprouvent des difficultés à réfrigérer les vaccins. Bien que l’UNICEF ait fourni des réfrigérateurs conçus pour fonctionner au gaz et à l’électricité, les médecins disent qu’il y a quelques problèmes avec le transport des bouteilles de gaz aux villages. Un autre problème sérieux est lié à la fourniture de vaccins, qui proviennent de la capitale commerciale d’Abidjan. De temps en temps, on enregistre une pénurie de certains vaccins – sur toute l’étendue du territoire. Il y a quelque temps, on a enregistré une pénurie des vaccins contre le BCG et le Tétanos à Korhogo. Heureusement, l’UNICEF a pu aider le pays à faire face à cette urgence subite, en fournissant les vaccins requis en toute urgence. Le Représentant de l’UNICEF, Youssouf Oomar, dit : « La crise a interrompu le système de suivi de la maladie et réduit la couverture du PEV (Programme élargi de vaccination) de routine. Les maladies évitables et facilement traitables continuent à tuer plus d’enfants et de femmes ivoiriens, la majorité des décès ayant été provoqué par le paludisme, la rougeole, les affections respiratoires et la malnutrition. Il est extrêmement inquiétant de constater que les dernières statistiques indiquent non seulement une augmentation des taux de mortalité maternelle et infantile mais également une augmentation de la malnutrition sévère chez les enfants, surtout ceux âgés de moins de cinq ans. Apparemment Miriam est un peu jalouse de sa petite sœur âgée de neuf mois qui a reçu gratuitement une moustiquaire imprégnée, après avoir reçu sa dose complète d’immunisation. « J’espère que je pourrai aussi profiter de la moustiquaire, comme il y a beaucoup de moustiques chez nous ». La mère surchargée sourit, et la rassure que plusieurs personnes peuvent la partager. Depuis 2004, l’UNICEF a pré-positionné des médicaments essentiels, des fournitures médicales et des moustiquaires imprégnées pour couvrir les districts de santé affectés par le conflit et a réhabilité la plupart des districts de santé, des maternités, et des centres de santé. Ceci a facilité la revitalisation de plus de 89% des structures de santé dans les zones ciblées (nord, ouest, centre, sud-est). 66% de la population a désormais accès à un centre de santé entièrement opérationnel dans un rayon de 5 km ou à moins d’une heure de marche. La famille de Miriam est contente. Ils n’ont qu’un kilomètre à parcourir pour se rendre à la formation sanitaire. « Je sais que donner des vaccins à mes enfants permet de les maintenir en bonne santé et c’est pourquoi je suis ici ». Miriam et ses dix – très bientôt onze – frères et sœurs peuvent se réjouir d’avoir une mère responsable comme la sienne : Elle leur a assuré un meilleur départ dans la vie.
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