Célébration de la journée de l’enfant africainAllocution de Monsieur Youssouf Oomar, Représentant-Résident Abidjan, le 11 juin 2007 L’UNICEF adresse ses sincères remerciements à Madame le Ministre de la Famille, de la Femme et des Affaires Sociales de l’honneur qu’elle lui fait en l’associant non seulement à ces manifestations mais surtout en lui donnant l’occasion de prendre la parole en ce jour si mémorable pour les enfants. Au moment où s’achève cette semaine de la célébration de la Journée de l’Enfant Africain, que le Ministère de la Famille, de la Femme et des Affaires Sociales ainsi que les partenaires des droits de l’Enfant nous ont donné l’opportunité de vivre, je souhaite que chacun de nous ait une pensée pour tous ces enfants qui, pour diverses raisons, n’ont pas la possibilité de vivre leur enfance à cause de l’égoïsme des adultes que nous sommes. Cette année, la commémoration de la Journée de l’Enfant Africain nous donne l’occasion de réfléchir sur l’inquiétante question de la traite des enfants. La traite des enfants est un phénomène dont l’ampleur grandissante n’échappe désormais à aucun Etat, à aucun continent. Faut-il rappeler que c’est en 1994 que l’Assemblée Générale des Nations Unies a défini le trafic d’enfants à des fins d’exploitation économiques comme un fléau à combattre. La traite des enfants se définit comme tout acte de recrutement, de transport, de transfert, d’hébergement ou d’accueil d’un enfant aux fins d’exploitation. Ce phénomène intervient dans la plupart des pays de la région, en particulier : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée, Mali, Nigeria, Togo, le Niger – mais aussi chez nous en Côte d’Ivoire. Il concerne aussi bien les garçons que les filles, suivant une certaine répartition sectorielle : le trafic des filles vise leur exploitation comme domestiques, celui des garçons vise leur exploitation comme ouvriers agricoles ou aides dans le secteur informel. Les enfants des deux sexes sont également recrutés pour faire du commerce de rue. L’analyse des facteurs de la traite des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre, renvoie pour une large part à ceux qui favorisent le travail des enfants. La pauvreté, les valeurs et les traditions notamment de circulation de l’enfant en dehors la famille biologique et la crise du système éducatif constituent les principales forces qui poussent les enfants vers la traite. Avec la crise armée qui secoue la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002, les trafiquants d’enfants ont trouvé un cadre davantage favorable à l’exercice de leur ignoble activité, le conflit ayant contribué à accentuer la pauvreté, rendant ainsi les enfants plus vulnérables. Certes, il n’existe pas encore de statistiques nationales sur la situation globale de la traite des enfants en Côte d’Ivoire, mais certains indicateurs permettent de souligner l’ampleur du phénomène. Selon une étude publiée en 2005 par l’OIT, 2100 enfants travailleurs dans le secteur informel autre que les travaux domestiques à Abidjan ont été victimes de traite. De décembre 2006 à Juin 2007, plus de 100 enfants victimes de traite ont été interceptés par les services de sécurité ivoiriens et pris en charge par la Direction de la Protection Sociale avec l’appui de l’UNICEF. L’engagement de l’UNICEF dans la recherche des solutions par rapport à ce phénomène s’inscrit dans l’esprit de la Convention Relative aux Droits de l’Enfant, notamment en son article 32 qui énonce le droit, pour l’enfant, d’être protégé contre toute forme d’exploitation économique. Cet engagement se fonde également sur les autres normes internationales telles que la Convention 182 de l’OIT sur les pires formes de travail des enfants et la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant. Des étapes importantes dans la lutte contre la traite des enfants ont été franchies : Le 1er septembre 2000, pour la première fois dans la région, un accord de coopération pour la lutte contre le trafic transfrontalier des enfants a été signé entre la Côte d’Ivoire et le Mali. En 2001, un Comité National de Lutte contre la Traite et l’Exploitation des Enfants en Côte d’Ivoire a été créé par décret présidentiel. En 2005, dix Etats de la sous-région réaffirmant leur attachement aux instruments juridiques nationaux, régionaux et internationaux de protection de l’enfance ont signé un accord multilatéral de lutte contre la traite des enfants. En juillet 2006, lors de la conférence d’Abuja, l’ensemble des gouvernements d’Afrique de l’Ouest et du Centre s’est engagé à collaborer étroitement pour combattre la traite des femmes et des enfants, à l’intérieur et à l‘extérieur de leurs frontières. Ainsi, à l’initiative de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté économique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC), un Plan d’Action commun et un Accord multilatéral contre la traite ont été validés et signés par vingt-six pays. Cette collaboration interrégionale apparaît essentielle pour lutter contre ce phénomène dont la pauvreté constitue l’une des causes principales. Malgré ces avancées, le problème de la traite des enfants demeure. La présence actuellement à Abidjan de 7 enfants togolais et ivoiriens récemment interceptés par les services de sécurité et en attente d’être réintégrés dans leurs familles témoigne bien de cette situation. Seules des actions conjuguées et coordonnées de tous les acteurs que nous sommes permettra de mettre définitivement fin à cette exploitation odieuse des enfants. L’UNICEF a pour mandat de défendre les Droits de l’Enfant. A ce titre, l’UNICEF continuera d’apporter son soutien politique et technique à tous les gouvernements et partenaires manifestant la volonté de s’engager dans la lutte contre le phénomène de la traite des enfants. Mise en place d’un cadre légal adapté à la lutte contre la traite des enfants par le renforcement du dispositif pénal, Réponse aux besoins des enfants victimes de traite par le développement de mécanismes de protection, de prise en charge et de réinsertion familiale, Enfin, L’UNICEF contribuera au renforcement de l’éducation comme axe stratégique principal de lutte contre la traite des enfants et poursuivra ses actions de plaidoyer auprès des gouvernements pour que le problème de la traite des enfants soit une priorité. Bien sûr, nous ne sommes pas les seuls partenaires du gouvernement. Nous collaborons avec les ONG telles que : ODAFEM, FMTV, PAHO, SFCG et l’EPP Zélé qui sont ici présentes ; et beaucoup d’autres sur l’étendue du territoire. Nous avons également des partenaires dans le secteur privé telle que la Fondation Orange Côte d’Ivoire Télécom qui, pour la circonstance a envoyé le message SMS suivant à ses abonnée : «L’Avenir de ce pays repose sur l’enfance ! Luttons tous contre la traite des enfants – Aidons-les, Protégeons-les» Madame le Ministre, Je voudrais, en mon nom personnel et au nom de mon Organisation souhaiter que cette célébration de la Journée de l’Enfant Africain ne soit pas une journée de plus. La célébration de cette journée doit marquer l’espoir que la Côte d’Ivoire prendra toutes les dispositions utiles pour éradiquer la traite des enfants sur son territoire. Le défi est grand mais je reste pour ma part convaincu que nous arriverons à mettre fin à la traite des enfants et votre présence ici témoigne de notre détermination et de notre engagement à œuvrer en vue de l’éradication de ce fléau. L’UNICEF par ma voix, voudrait vous assurer de sa disponibilité à vous soutenir dans vos actions. Mesdames, Messieurs, Honorables invités, Prenons tous, ici et maintenant, l’engagement d’œuvrer afin qu’en Côte d’Ivoire, prospèrent une culture et un environnement favorables aux droits de l’enfant. Je vous remercie.
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