Cérémonie d’ouverture du troisième symposium international des leaders religieux engagés dans la lutte contre les Mutilations Génitales FémininesAllocution de Monsieur Youssouf Oomar, Représentant-Résident Abidjan, le 23 octobre 2007 L’UNICEF adresse ses sincères remerciements à la direction de la «Fondation Djigui la grande espérance » pour l’honneur qu’elle lui fait en l’associant à cette manifestation. Mais surtout, en lui donnant l’occasion de prendre la parole en ce jour important, pour le respect du droit à l’intégrité corporelle des filles et femmes d’Afrique. Les Mutilations Génitales Féminines constituent une violation des droits universellement reconnus de la personne humaine, notamment du droit à l’intégrité corporelle et de jouir du meilleur état de santé physique et mental. Elles renforcent les inégalités subies par les filles et les femmes et constituent un obstacle à l’atteinte de 3 des 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement ; à savoir l’OMD3 sur l’égalité des sexes, l’OMD5 relatif à la réduction de la mortalité maternelle et l’OMD6 visant à freiner la progression du VIH-SIDA. On estime que plus de 130 millions de femmes et filles dans le monde sont actuellement victimes des Mutilations Génitales Féminines. En Afrique, la pratique des MGF couvre plusieurs zones géographiques notamment, l’ouest, le centre, l’est et une partie du nord du continent. Dans ces régions, la proportion de filles et femmes victimes de cette pratique atteint parfois 96% des filles/femmes de 15 à 49 ans. En Côte d’Ivoire, les estimations effectuées en 1998-1999 situaient la proportion de filles/femmes de 15 à 49 ans victimes de cette pratique à 44.5% soit à peu près une fille/femme sur deux. Depuis lors, une loi interdisant la pratique des MGF en Côte d’Ivoire a été adoptée en 1998 et de nombreuses actions de sensibilisation des communautés sur les effets néfastes de cette pratique ont été entreprises. L’UNICEF dont le mandat est de veiller au respect des droits des enfants et des femmes, a engagé la lutte contre cette pratique depuis l’adoption de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme en 1979. L’action de l’UNICEF dans la sous-région ouest africaine et en Côte d’Ivoire en particulier a été basée sur la sensibilisation des communautés dans les régions où la pratique des MGF existe. Cette campagne de sensibilisation menée par l’UNICEF et plusieurs autres organisations depuis plusieurs années a eu un impact positif sur l’évolution de la pratique. Ainsi, le taux de filles et femmes de 15 à 49 ans victimes des MGF en Côte d’Ivoire a baissé de 8 points et se situe actuellement à 36.4% selon les résultats de la dernière enquête à indicateurs multiples MICS . Cette baisse apparente du phénomène en Côte d’Ivoire cache mal de grandes disparités régionales qui indiquent une accentuation de la pratique dans les régions du pays reconnues favorables aux MGF. Malgré une tendance à la baisse au niveau national, la pratique semble s’être paradoxalement accrue dans les régions du Nord (88% de prévalence), du Nord-Ouest (88%) et de l’ouest (73%) . Excellence, Monsieur le Président de la République, Malgré les efforts déployés, la pratique des MGF persiste donc encore en Côte d’Ivoire et dans plusieurs pays d’Afrique. L’analyse des résultats de la dernière enquête MICS indique que cette persistance s’adosse sur les croyances culturelles et religieuses des communautés qui la pratiquent. En Côte d’Ivoire par exemple 70% des femmes du nord-ouest estiment que les MGF sont une bonne pratique qui doit être maintenue . Ce taux est respectivement de 49% et 39% chez les femmes du nord et de l’ouest du pays. La justification culturelle des MGF est réelle et fondée sur les us et coutumes des peuples qui la pratiquent depuis plusieurs générations. La justification religieuse quant à elle provient d’une mauvaise interprétation de l’Islam née de l’amalgame entre les prescriptions de cette religion et les coutumes de certaines communautés. Elle ne repose donc sur aucun texte du Saint Coran ou d’un Hadith authentique. Tel est le constat fait par la conférence mondiale des Oulémas sur l’interdiction de la violation du corps de la femme tenue les 22 et 23 novembre 2006 à Al Azhar en Egypte. Faire reculer la pratique des MGF revient, pour l’essentiel, à engager le dialogue avec les communautés qui la pratiquent afin de changer durablement des habitudes culturelles en place depuis plusieurs générations sans heurter les croyances qui existent et de leur expliquer que la pratique des MGF ne repose sur aucun fondement religieux et précisément sur aucune prescription de l’Islam. La conférence des Oulémas de novembre 2006 a déjà tracé les sillons de la lutte en affirmant clairement l’opposition de l’Islam à la pratique des MGF. Le présent symposium va certainement permettre de réaffirmer l’engagement des leaders religieux contre les MGF et de dégager les axes stratégiques d’une action vigoureuse contre la pratique des MGF en Afrique. Excellence, Monsieur le Président de la République, Prenons tous, ici et maintenant, l’engagement d’œuvrer afin que cette cérémonie marque le point de départ d’une action conjuguée et vigoureuse pour bouter les MGF hors d’Afrique et faire respecter ainsi le droit à l’intégrité corporelle des filles et femmes du continent. Je vous remercie
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