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Après avoir parcouru plus de 600 kilomètres de route à partir de Bangui, ils arrivent enfin dans le site de Sido (au Sud du Tchad dans la région du Moyen Chari), là où ils transiteront pour quelques temps. Ce site est temporairement mis en place pour accueillir les nouvelles arrivées de retournés tchadiens en provenance de la Centrafrique.

La fatigue, le traumatisme et la peur se lisent encore sur leurs visages. Ils ont fui Bangui par peur d’être tués. Sur la route, ils ont été témoins de violences atroces de tout genre. Certains ont perdu des membres proches de leurs familles, d’autres ont tout laissé derrière eux, sans savoir quel sort les attend de l’autre côté de la frontière. 

« C’est l’une des terribles choses que je n’ai jamais vues de toute ma vie. Mon père a été tué à coup de machette sous mes propres yeux. C’était terrible. Heureusement que ma maman, mes petits frères et sœurs et moi avions pu s’enfuir à temps. Sinon, nous aurions tous été tués. Je ne veux plus jamais retourner là-bas », nous raconte Djimrangar Idriss, 16 ans, à la sortie du convoi de camions qui les ont transporté à Sido. Sitôt arrivés, ils se sentent un peu perdus, au milieu de ces milliers de retournés tchadiens – qui se trouvent dans la même situation qu’eux. A nouveau, ils doivent faire la queue pour faire l’enregistrement auprès des responsables du site.

« Je ne sais pas encore comment nous allons faire ici. Nous n’avons pu rien emmener avec nous. Nous sommes fatigués, nous avons faim, nous avons soif,» poursuit-il.

« Mes parents étaient nés en Centrafrique, moi et mes petits frères et sœurs sommes nés en Centrafrique, nous ne connaissons personne ici au Tchad. Ma maman a tout simplement dit que notre région d’origine se trouve à Am-Timan, mais malheureusement, elle ne connait personne là-bas, et nous ne savons même pas comment nous y rendre », poursuit Idriss.

DEFIS HUMANITAIRES

Au-delà de cette incertitude qui pèse sur leur avenir,  les conditions de vie dans les sites temporaires d’accueil sont egalement difficiles.  « Il n’y a pas assez d’eau potable, il n’y a pas assez de nourriture, il n’y a pas assez d’abris et pas assez de latrines. Certains sont malades mais il n’y a pas de services de santé. Nous sommes livrés à nous-mêmes », ce sont là parfois les complaintes des nouveaux arrivés dans les sites. 

Ce nouvel afflux de retournés tchadiens vient s’ajouter aux urgences humanitaires auxquelles le Tchad fait face depuis ces dernières années, dans les domaines de la nutrition, des épidémies ou encore de l’afflux des réfugiés dans différentes parties du pays.

D’autant plus que l’arrivée de nouveaux retournés tchadiens continuent d’affluer dans les régions de la Logone Orientale, de Mandoul, du Moyen Chari et de Salamat, avec cinq points d’entrée au long de la frontière avec la Centrafrique.

« On ne peut pas savoir exactement pour l’instant combien de personnes sont retournés et combien de temps cela va prendre. Les chiffres sont aléatoires », déclare Ahmat Mahamat Karambal, Gouvermeur de la région du Moyen Chari. «La réponse humanitaire demeure lente et faible face aux besoins accrus des retournés, particulièrement pour les enfants et les femmes qui représentent plus de 90% des retournés.»

Dans le domaine de la protection, il n’existe pour l’instant pas de données compréhensives et de système d’enregistrement rigoureux sur place. Selon le Gouvernement, 252 enfants ont été séparés de leurs familles sur l’ensemble des enfants enregistrés à leur entrée dans le pays. La majorité de ces retournés viennent pour la première fois au Tchad et ont la citoyenneté centrafricaine ; plusieurs d’entre eux ont été témoins ou victimes de violence.  Même si les centres de transit de N’Djamena, Gore, Sido, Doba, Sarh, Doyaba, Bessao et Bitoye sont supposés être des centres de transit de courte durée, la majorité des retournés sont dans les sites sans aucune alternative de réinstallation ou de réinsertion.

« Nous avons recensés quelques catégories de retournés. Il y a les tchadiens qui ont la citoyenneté tchadienne et qui disposent des pièces d’identité tchadienne mais qui résident en Centrafrique ; il y a ceux qui sont nés en RCA, qui ont des pièces d’identité centrafricaine, mais qui sont tchadiens de par leurs relations parentales ; et enfin il y a les résidents non permanents qui disposent à la fois les documents d’identité tchadiens et centrafricains », expose Ahmat Mahamat Karambal. « Ce sont ceux qui n’ont aucun point d’attache et d’alternative de réinstallation qui restent pour nous un défi de taille ».

Dans certains centres de transit – comme ceux de Gore ou de Sido, les infrastructures sont insuffisants en termes d’accueil, les abris et les couvertures sont largement insuffisants. Les infrastructures d’assainissement, tels que les latrines manquent et l’accès à l’eau potable très limité.

Dans le domaine de la santé, les sites font face à un manque de personnel de santé et de médicaments  face au nombre toujours croissant des retournés. Plus de 4.000 consultations ont été enregistrés depuis le 3 janvier. «Cette zone frontalière avec la Centrafrique est sujette à un risque d’épidémie de rougeole, de polio ou de méningite – comme le statut de vaccination des enfants en provenance de la Centrafrique demeure pour l’instant inconnu. Un cas suspect de rougeole est même en cours d’investigation à l’heure actuelle dans le site de transit de Sido», raconte le Chef du Centre de Santé de Sido.

Dans le secteur de l’éducation, les données d’enregistrement existantes ne donnent aucune indication sur le nombre d’enfants déscolarisés en raison de ce conflit. Des milliers d’enfants en âge scolaire ont cependant besoin d’appui pour intégrer l’école primaire. Des évaluations sont à l’heure actuelle menées par le Ministère de l’Enseignement Fondamental et de l’Alphabétisation pour mesurer les besoins dans ce domaine.

“Bien que ces sites soient supposés être des sites de transit et de passage, nous nous devons d’offrir à ces populations un paquet de services minimum pour répondre aux besoins immédiats de ces retournés et de restaurer leur dignité. Des enfants et des femmes arrivent ici sans avoir mangé depuis des jours, beaucoup ont soif, d’autres sont fatigués et malades du paludisme, de la diarrhée ou encore des infections respiratoires. Il est de notre responsabilité d’appuyer la mise en place dans ces sites de transit de services sociaux de base », a déclaré Bruno Maes, Représentant de l’UNICEF, au cours d’une descente dans ces différents sites.

Malgré l’ampleur des défis, les réponses s’organisent sur le terrain pour répondre aux besoins immédiats de ces milliers de retournés.

ELAN DE SOLIDARITE

Le Gouvernement tchadien a pris l’initiative de rapatrier ses compatriotes face à l’escalade de la violence en Centrafrique et dans le souci de les libérer des exactions dont certains ont été victimes. En l’espace d’un mois, ce sont près 41.700 retournés tchadiens qui ont pu rejoindre le pays, soit par voie aérienne soit par voie terrestre.  Plus de huit retournés sur dix sont des enfants et des femmes.

Plusieurs sites d’accueil et d’hébergement ont été ouverts par le Gouvernement à N’Djamena, la Capitale et dans certaines zones du Sud du pays, à Sarh, Doyaba, Sido, Gore, Doba, Bessao et Botoye dans les régions du Moyen Chari et du Logone oriental.

Un appel à la solidarité nationale et internationale a été lancé le 22 décembre par le Gouvernement, pour l’accueil de ces compatriotes tchadiens. Dès les premières heures de cette opération de rapatriement, les autorités au niveau national et local se sont mobilisées  pour faciliter leur accueil et leur offrir le maximum de réconfort, en mettant à disposition les sites, en offrant de la nourriture, en fournissant des soins de santé et l’accès à l’eau potable, et en favorisant l’hygiène.

L’élan de solidarité de la part de particuliers, du secteur privé, des associations, etc. a également permis de renforcer un tant soit peu les réponses apportées par le Gouvernement, comme le témoigne Adjilde Souleymane 22 ans, une retournée parmi tant d’autres installée dans l’un des sites de N’Djamena.

« Nous sommes satisfaits de l’accueil et de la prise en charge. A notre arrivée, le comité nous a distribué des couvertures et de la nourriture. J’ai pu également retrouver quelques compatriotes de la Centrafrique dans ce centre ». 

 

 

 

 
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