Histoires vécues

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Balamine, le défenseur de l'enregistrement des naissances

© UNICEF Burkina Faso/2013/Tarpilga C.
Balamine, 64 ans, posant avec une de ses petite-filles, Noura. En exhibant la pile de dossier contenant les actes de naissances de ses enfants et petits-enfants, il donne la preuve qu'il est bien ordonné dans la conservation de ces documents importants.

Par : Moumouni Sanogo

Balamine, 64 ans  est un cultivateur dans le village de Douna dans l’Ouest du Burkina Faso.
Très jeune, il vivait en Côte d’Ivoire à Guiglo ou il a travaillé dans les plantations de cacao pendant une trentaine d’années. Balamine a deux femmes, 15 enfants et une douzaine  de petits enfants. Depuis 8 ans, il est rentré au Burkina Faso dans son village Douna pour se consacrer aux travaux champêtres.

De son séjour en Côte d’ivoire, Balamine garde un souvenir dramatique. Il avait décidé d’envoyer Mamourou, son enfant âge de 7 ans au village pour l’inscrire à l’école. Mais malheureusement, l’enfant meurt dans un accident en cours du voyage. Les services de police se saisissent de l’affaire.

Bouleversé par ce drame, il sollicite le corps de son enfant  afin  de  procéder à son enterrement.
Balamine est davantage stupéfait  lorsqu’il s’est vu interdire de ramener le corps de son fils.  « J’ai voulu disposer  du corps de mon enfant, mais on m’a réclamé  son acte de naissance  que je n’avais pas ». Excédé, il fond en larmes. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. «  Mon Dieu ! On m’a refusé le corps de mon enfant  » s’exclame-t-il dans un désespoir total.
Visiblement, il  ne percevait  pas l’importance de l’acte de naissance. Aucun de ses enfants n’en possédait à l’époque.

Balamine, très affecté est obligé de rentrer au Burkina en vue d’établir un jugement supplétif dans son village. « C’est ce papier qui m’a permis d’avoir le corps de mon enfant six jours  après son décès. Je n’oublierai jamais ce qui m’est arrivé », confie-t-il.

Après un tel drame, Balamine est devenu le défenseur de l’acte de naissance dans le village de Douna. Il a ordonné à tous ses enfants et ses gendres d’établir systématiquement des actes de naissances pour ses petits-enfants.  En effet, ses  12 petits-enfants ont tous des actes naissances.

Dans son  quartier, il fait souvent du porte à porte pour encourager les familles à établir des actes de naissance pour les enfants.
Avec une telle détermination, Balamine étend ses actions à tout le village. Pendant les principaux évènements  (baptêmes, mariages, fêtes coutumières…), il  sensibilise les populations sur l’importance de l’acte de naissance à travers divers messages :
« L’acte de naissance est capital. C’est un passeport pour la vie ».
« Sans acte de naissance l’enfant ne peut pas aller à l’école »,
« Sans acte de naissance, on ne peut avoir une carte d’identité »
« Sans acte de naissance, la femme ne peut avoir un acte de mariage ».
« L’acte de naissance est le père de tous les papiers ! »

Balamine indique  que de nombreux efforts ont été développés  progressivement dans son village pour une amélioration de la situation de l’acte de naissance. Mais, il reconnait que d’autres  efforts restent à faire car des familles et communautés continuent d’ignorer l’importance de l’acte de naissance. Ce qui est attesté  par certains acteurs sur le terrain.

© UNICEF burkina Faso/2013/Tarpilga C.
Lima, 6ans, petite-fille de Balamine est inscrite à l'école du village de Douna. Elle a son acte de naissance.

Pour M. Ouattara Cyrille, conseiller pédagogique à  la Direction régionale de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (DRENA) des Cascades, le faible taux d’enregistrement des naissances s’explique par l’ignorance, l’analphabétisme, la  non fréquentation des femmes enceintes des formations sanitaires. « Très souvent l’enfant ne peut accéder à l’école par manque d’acte de naissance.  Et au cas où il est inscrit, il est confronté  plus tard  aux formalités du dossier pour l’examen du certificat d’études primaires. C’est en ce moment que les parents de l’enfant mesurent l’importance de l’acte de naissance», dit-il

Hema Bintou,  animatrice à la Radio Munyu « La voix de la femme » porte un regard particulier sur les filles. Pour elle, le problème de l’enregistrement de naissance affecte doublement la fille. « Dans les localités où la scolarisation des filles rencontre encore des résistances, la fille peut facilement atteindre l’âge adulte ou devenir à son tour mère sans posséder l’acte de naissance, alors que le garçon a la chance d’en bénéficier par le fait de l’école », explique-t-elle.

Le taux d’enregistrement des naissances au niveau national est établi à 76,9%. Il existe des écarts importants entre le milieu rural (74%) et le milieu urbain (93%).

L’UNICEF en partenariat avec le Ministère de l'Administration territoriale et de la Sécurité œuvre pour atteindre une couverture de 90% d'enfants bénéficiant d'actes de naissance ainsi qu'un accès facilité en termes de distance et de moyens financiers aux services d'état civil au Burkina et en dehors du pays pour les ressortissants burkinabé à l'étranger.

Pour ce faire, l’UNICEF au Burkina Faso a  bénéficié d’un appui de l’Union Européenne d’un montant global de 523.328.650 FCFA  en vue de contribuer à la promotion de l’enregistrement des naissances sur la période 2013-2014. Un partenariat actif est développé  entre l’UNICEF et  le Gouvernement du Burkina Faso, l’Union Européenne, l’OMS, Plan International et d’autres organisations autour de la problématique de l’enregistrement des naissances.

 

 
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