Histoires vécues

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Elimination de la polio au Burkina Faso : les leaders communautaires revoient leurs approches

© UNICEF Burkina Faso/2011/Konaté B.
Souleymane Traoré, chef de village, est engagés aux cotés des agents de santé depuis plusieurs années

Burkina Faso, Koloko, le 30 septembre 2011. Situé à 495 km à l’ouest de Ouagadougou, Koloko est une ville frontalière avec le Mali. C’est le lieu de premier contact des populations maliennes venant au Burkina après le poste Malien de Heremakono. Ce jour c’est la première journée des JNV polio sur l’ensemble du pays.

Dans cette bourgade, Souleymane Traoré (67 ans) est le Dougoutigui /chef de village. Engagé aux côtés des agents de santé depuis plusieurs années, il est fier de constater qu’il n’ya pas d’enfants de moins de douze ans handicapés dans son village. Il pense que les multiples campagnes de vaccination suivies par la population du village permettent de justifier cette situation. "Nous sommes contents de constater que les campagnes de vaccination polio sont en train de faire réculer la polio dans notre département. Ceci est un acquis généré par l’adhésion des familles aux séances de vaccination".

Selon Souleymane, la vaccination recouvre plusieurs avantages pour les pères et mères car, les enfants complètement vaccinés sont moins malades et en cas de maladies, les coûts des soins sont peu élevés. "si la vaccination permet de prévenir les maladies, celle contre la polio permet de garantir un corps physique sain aux enfants. Elle donne au village de vaillants enfants qui pourront assurer la relève dans les travaux champêtres. Un enfant handicapé est très souvent une charge, une honte, un paria pour la famille et le village tout entier".

Conscientiser davantage les populations

La récurrence des campagnes des vaccinations pose au niveau des communautés un problème de lassitude et de méfiance de certains parents à faire vacciner leurs enfants. C’est pourquoi, avant les campagnes, des rencontres sont organisées avec les parents réticents à la vaccination pour mieux expliquer l’efficacité du vaccin ainsi que la position géographique du village avec les pays où sévit l’épidémie.

 En effet, selon Daniel Ouédraogo, 54 ans, Pasteur à Koloko, un accent doit être mis sur les activités des radios et de la télévision. "une des erreurs commises est de penser que c’est à l’occasion des campagnes qu’il faut informer les parents sur l’utilité de la vaccination. Pourtant il serait mieux indiqué d’informer les parents bien avant. A travers les radios, les télévisions, la diffusion fréquente d’émissions et de documentaires sur les maladies évitables par la vaccination permet à la fois de conscientiser les parents mais aussi et surtout de leur fournir une masse d’informations qualitative dans la durée. Cela permet le discernement, les discussions avec différents acteurs. Toutes choses qui renforcent la compréhension de chacun. J’ai appris qu’il y a des contrées ou certaines personnes refusent de faire vacciner leurs enfants ou même que d’autres les cachent. Ceci est un signal fort pour dire que beaucoup n’ont pas encore bien compris. Pour ce faire, nous devrions communiquer sur la vaccination de manière continue".

 L’information et la communication sur la vaccination doivent  aussi et surtout renforcer l’implication et la participation des chefs de quartier, des leaders religieux ainsi que des autochtones. Pour le pasteur Daniel, les réseaux et associations de jeunes peuvent être mis à contribution dans la mobilisation communautaire pour les JNV polio. En effet, selon lui, "dans toutes les familles ou concession, il y a au moins un jeune ou jeune-adulte. Celui-ci pourrait aider à l’identification des enfants d’âge vaccinal dans les concessions mais aussi aider au rattrapage des enfants absents".

© UNICEF Burkina Faso/2011/Konaté B.
Alimata Diallo, matrone à la retraite et membre de l’équipe de vaccination, est restée engagée dans la promotion de la sante auprès des femmes Senoufo

Pour en finir avec la Polio…
Alimata Diallo, 61 ans,  est Matrone à la retraite depuis 2006. Elle a travaillé dans le département de Koloko de 1988 à 2006. Dotée d’une bonne connaissance du milieu, elle est restée engagée dans la promotion de la sante auprès des femmes senoufo. Membre de l’équipe de vaccination au niveau de la frontière avec le Mali, elle est très motivée par la recherche d’enfants non vaccines qui traversent les frontières.

Pour Alimata, tout le défi de l’éradication de la polio réside dans le fait que jusqu’à présent, le nombre d’enfant manqués lors du passage des vaccinateurs reste élevé. Il est alors essentiel que le travail de sensibilisation se focalise davantage sur cette question. En effet, selon elle, "la réponse à l’élimination de la polio réside surtout dans le renforcement de communication pour la routine. Beaucoup reste à faire dans la mesure où certains parents n’ont pas encore bien compris. Ce qui explique les nombreux cas d’absence lors du passage des vaccinateurs. Et, peu de parents reviennent dans la formation sanitaire pour faire vacciner des enfants ratés". Le renforcement de la communication de proximités, de son point de vue permettra de travailler avec les communautés (hommes, femmes, jeunes, vieux) dans le cadre de causeries porte à porte et de dialogue communautaire. Cela aide à une meilleure compréhension de la multitude des campagnes tout en donnant aux parents la possibilité de parler de leurs préoccupations. "Les cérémonies de baptêmes, de mariages ainsi que de funérailles en pays senoufo, sont autant d’opportunités pour passer des messages auprès des femmes/mères/grand mères" a-t-elle soutenu. Beaucoup de problèmes de sante pourraient être discutés dans ces cadres, notamment les questions  d’hygiène, y compris celle du lavage des mains à l’eau et au savon.

 

 
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